Laissez vous réconcilier

Publié le par hospitalité de Touraine

« Laissez-vous réconcilier »       LOURDES 2007
 
 
 
Nous connaissons tous l’histoire de cette femme prise en flagrant délit d’adultère et que des hommes voulaient lapider. Nous connaissons tous la réponse de Jésus :
« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! »
Nous savons tous ce qui s’est passé…ils partirent tous en commençant par les plus âgés ! S5000350.JPG
Oui, nous sommes tous pécheurs
 
Saint Jean écrit même : « Si nous disons : ‘Nous n’avons pas de péché’, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous »…
Faire œuvre de VERITE, c’est regarder notre vie, non pas au nom de toutes nos complaisances, mais à la lumière de la Parole de Dieu.
« La Vérité vous rendra libres »…
« Celui qui fait la Vérité vient à la lumière»…
 
Nous sommes venus (humblement) vers la (les) lumière de Lourdes…pour faire œuvre de Vérité, pour regarder notre vie à la lumière de sa Parole.
Mais, il demeure une question : Qu’est ce que le péché ?
La réponse n’est pas facile…
 
Nous avons en mémoire telle ou telle collection de péchés qui conduisait certains à rester bloquer sur une déficience ou une fragilité et d’autres à dire sereins : « Je ne vois pas ce que j’ai à me reprocher ». Certains le voyaient partout, d’autres aujourd’hui ne le voient plus nulle part. Reconnaissons aussi combien nous avons blessé de personnes en les infantilisant dans cette démarche !
 
La Foi chrétienne ne nous annonce pas le péché, mais la rémission des péchés ! (Je crois en un seul Baptême pour le pardon des péchés)…C’est notre acte de Foi ! Le cœur du mystère du salut s’exprime dans l’affirmation : « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » La croix du Christ, nous dit l’excès d’amour du Père : « Tu as tellement aimé le monde Père très saint. »
 
La foi chrétienne est annonce du Pardon. Ce pardon reçu gratuitement – sans raison – ne peut que nous étonner, nous bouleverser. Nous connaissons la réaction de Zachée lorsque le Seigneur jésus le remarque et décide de venir chez lui… C’est l’amour reçu, accueilli, qui révèle les manques d’amour.
 
Dans la mesure où je reconnais l’amour de Dieu, je reconnais que j’ai du mal à y répondre en vérité. Le péché n’est pas d’abord une réalité morale, mais une réalité au cœur de la foi, une réalité théologique : le péché est un refus d’amour sous des formes multiples (une manière de dire NON à Dieu).
  
Au cœur du mystère de la Foi, nous sommes appelés à nous laisser aimer, nous laisser regarder (et ce n’est pas évident !). Nous sommes invités à nous laisser faire par la tendresse d’un Père. C’est en ce sens que je comprends la parole de Paul aux Corinthiens : « Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! »
 
Se laisser réconcilier et non se réconcilier d’abord. C’est Dieu le Père qui dans la mort du Christ se réconcilie les hommes et le monde avec lui-même. Notre démarche est une réponse à son initiative. Dieu ne fait pas le décompte de nos fautes, il ne nous attend pas « au tournant ». Il n’est pas un Dieu de la vengeance ; il est doux et humble de cœur.
 
Dans son testament spirituel, à la veille de sa mort, le Christ nous dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Puis il ajoute : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jean 15)
 
La parole de réconciliation est prononcée par Dieu qui nous appelle à la Vie, qui nous donne sa Vie, qui fait le premier pas pour rétablir l’alliance. Cette nouvelle alliance dans le sang du Christ, dans la mort du Christ, dans le don qu’il nous fait de sa Vie. Dieu nous tend une main de communion, car il veut faire sa demeure en nous.
 
Alors, comment allons-nous accueillir le geste de Dieu, sa main tendue ? D’abord en reconnaissant que cela fait du bien ! (Il n’y a pas de mal à se faire du bien…) Nous avons tous besoin d’être aimé.
            -les enfants savent merveilleusement l’exprimer,
            -Nos amis handicapés également car ils ont la simplicité du cœur,
            -Les personnes malades savent aussi la joie de la main tendue, du sourire.
 
Mais souvent les adultes (que nous sommes) ont du mal à reconnaître ce besoin d’être aimé. Dieu joue de la flûte et personne ne veut danser. Nous restons repliés sur nous-mêmes. Dieu invite à un festin et les invités ont d’autres choses à faire, ils se font prier quand ils ne maltraitent pas les serviteurs. Nous manquons de simplicité et d’humilité pour reconnaître ce besoin d’être aimé. Nous avons peur de laisser Dieu poser sur nous son regard.
 
Et c’est lorsque nous nous laissons aimer, que nous reconnaissons notre péché (qui est d’abord difficulté à sa laisser aimer.) L’amour que nous avons du mal à recevoir, c’est aussi l’amour que nous avons du mal à donner. C’est pour cela qu’est essentielle la parole de notre prière : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Le verbe grec traduit par pardonner (àphienai) veut dire lâcher, laisser aller…
 
Pour aimer l’autre en vérité, il faut se laisser aimer. Pour aimer l’autre en vérité, il est même utile de se juger aimable. Souvenez-vous, dans l’Evangile, il est dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». je ne peux pas donner ce que je refuse de recevoir. Je ne peux même donner gratuitement, que ce que j’ai accepté de recevoir gratuitement.
  
Il faut laisser l’amour de Dieu nous appeler comme Lazare à nous lever de nos tombeaux : ces tombeaux de nos enfermements.
            -je suis enfermé quand je suis toujours sûr d’avoir raison.
            -je suis enfermé quand je me refuse au pardon après l’offense.
            -je suis enfermé quand je refuse de reconnaître que l’autre a changé.
            -je suis enfermé quand j’en ai assez de vivre, que je n’ai plus goût à rien.
            -je suis enfermé quand je ne m’intéresse plus qu’à moi, qu’à mes douleurs.
            -je suis enfermé quand je refuse la différence.
            -je suis enfermé quand je ne sors pas de la culpabilité, que je porte un sac trop lourd !
Dieu nous appelle aujourd’hui
A nous lever de nos tombeaux !
 
 
Entendre cet appel à sortir de mon tombeau, de mon enfermement, c’est faire l’expérience de la joie du pardon. Joie du regard qui fait vivre, de la main qui rassure, de la parole qui enfante à la vie. Joie du pardon qui fait naître et renaître. Car il nous faut sans cesse naître de l’Esprit, même quand on est vieux (vous connaissez l’histoire de Nicodème qui vient voir Jésus de nuit en St Jean 3)
 
Joie du pardon qui appelle à la vie. Nous connaissons cet appel de Dieu dans le Livre du Deutéronome : « Vois, je mets devant toi la mort et la vie, le malheur et le bonheur et je te demande de choisir la Vie ». Choisir la vie et non la subir comme une fatalité.
 
Le pardon reçu me redit que Dieu est source de Vie. Le pardon reçu est une nouvelle création. Tout pardon est un matin de Pâques dans nos vies. Se laisser réconcilier par Dieu avec la vie. Nous ne cessons d’être préoccupés par notre vie et Dieu nous ouvre à la Vie ; cette Vie qu’il nous donne en abondance.
 
Tout sacrement est expérience de la profusion du mystère d’Amour, du mystère de la Grâce. Tout sacrement me rappelle que je ne peux me donner la Grâce, qu’il me faut la recevoir. Car je ne me donne pas la vie. Jésus à raison de dire à la Samaritaine : « Si tu savais le Don de Dieu ! »
 
Si nous savions combien Dieu veut faire de nous des vivants, combien Dieu nous fait confiance !
 
Si nous savions que la vie ne regarde pas en arrière, mais qu’elle est toujours confiance en demain !
 
Si nous savions combien Dieu ne peut se résoudre à nos lâchetés, à nos fragilités, à nos petits côtés ; combien Dieu espère en nous…Car rien n’est impossible à Dieu.
 
C’est ainsi que nous sommes rentrés en Carême avec cette Parole : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! » La conversion est l’acceptation de se laisser dérouter par la Parole de Dieu. Etre croyant, c’est donner crédit à cette Parole. Croire Dieu sur Parole ! C’est elle qui a motivé Abraham dans son désir de partir. C’est elle en laquelle Jésus s’enracine pour ne pas succomber à la tentation au désert.
 
Vivre la réconciliation, c’est toujours se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu.
-Trop souvent, nous considérons que se confesser, c’est parler de soi…alors qu’il    s’agit d’abord de confesser la tendresse de Dieu. Nous nous demandons ce que nous allons dire, alors que l’essentiel est d’accueillir une Parole.
            -Nous vivons la démarche de réconciliation pour avoir bonne conscience alors qu’il importe de raviver l’alliance avec Dieu.
-D’un sacrement qui réalise la rencontre tendre et chaleureuse du Père et du fils, nous risquons de faire une parole murmurée dans un coin d’ombre.
 
Laissez-vous réconcilier ! Quelle parole de foi !
Puissions-nous l’entendre à Lourdes où Marie demande à Bernadette que nous venions en procession, c'est-à-dire en Eglise. Redécouvrir la dimension ecclésiale de la réconciliation. Je ne fais pas « ma lessive », mais je fais grandir le mystère de l’Eglise en permettant à la grâce de féconder un coin d’humanité.
 
Une âme qui s’élève, élève le monde… Un croyant qui se laisse réconcilier contribue humblement à l’avènement du salut. Par lui, la grâce surabonde. Et cette flamme que Dieu vient d’allumer dans le cœur réconcilié ne peut s’éteindre. Elle ne peut que donner vie et chaleur autour d’elle.
 
Lourdes est un lieu privilégié pour vivre la réconciliation. Se laisser regarder comme une personne à l’image de Bernadette. Se laisser aimer en dépit de toutes ses fautes, de toutes ses limites. Accepter d’être un peuple en marche qui témoigne de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Vivre la grâce de la Parole de Pardon pour repartir dans la Joie. Entrons confiants dans cette action de grâce :
 
Dieu notre Père, nous te rendons grâce et nous te bénissons par Jésus Christ et Seigneur pour ton œuvre d’amour en ce monde.
Au sein de notre humanité encore désunie et déchirée, nous savons et nous proclamons que tu ne cesses d’agir et que tu es à l’origine de tout effort vers la paix.
Ton Esprit travaille au cœur des hommes et les ennemis enfin se parlent, les adversaires se tendent la main, des peuples qui s’opposaient acceptent de faire ensemble une partie du chemin.
Oui, c’est à Toi Seigneur que nous le devons, si le désir de s’entendre l’emporte sur la guerre, si la soif de vengeance fait place au pardon et si l’amour triomphe de la haine.
Forts de ton amour qui fait de nous des frères, ensemble nous pouvons te dire : Notre Père…..
                                                                                                       
Père Jean Marie ONFRAY
 
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Publié dans Thèmes d'année

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